Pierre-Olivier Leroy
Pierre-Olivier LEROYLE VOYAGEUR QUI RÂLE
C'est un réseau immense où crissent des RER,
Déroulant l'usager au fil des stations,
Emportant par les rails les voyageurs fiers
De leur passe Navigo : c'est vrai, il est mignon.
Un cadre jeune, bouche fermée, l'air soucieux,
La cravate nouée autour du cou rasé,
Râle. Il est debout dans la rame, anxieux,
Pale sous les néons, l'air carrément blasé
La tête dans ses dossiers qu'il s'en va retrouver,
Il s'enquiquine déjà à solution trouver :
Il n'est pas très content et ça se voit...
Il aimerait bien rêver mais il doit êt' serieux ,
Avant, pendant, après, son boulot, c'est son Dieu,
Stressé. Son Blackberry vibre, au coté droit
LE DORMEUR DU VAL
C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.