Je sais bien. Avec un titre pareil, et juste par esprit de contradiction, vous allez vous ruer dans votre FNAC ou votre librairie,  histoire de le (re)lire et de me houspiller ensuite : "ah mais non mais moi j'ai adorééééééé !"
Sauf que…

Arrivé(e) devant  le rayon, vous n'allez  pas trouver le bouquin et vous allez demander à la vendeuse si elle a un exemplaire, quelque part. Celle-ci va regarder sur son ordinateur et, là, elle va tirer la tronche en voyant qu'il en reste un, rangé dans la  réserve. Elle va donc aller chercher un chariot élévateur, histoire de pouvoir vous ramener les 1110 pages de la version "Livre de Poche" (pour ceux qui ont de TRES grosses poches).

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Une fois devant la brique, vous allez faire un sourire niais à la vendeuse pour la remercier, déguiser ainsi votre gêne et faire style "j'étais bien entendu au courant que c'était un pavé car je suis une personne cultivée." Vous allez donc empoigner le livre à deux mains pour supporter le poids des mots sans le choc des photos. Et puis vous allez faire pivoter le mastodonte pour lire la 4eme de couverture afin d'essayer de comprendre pourquoi Marie-Karen et Anne-Raoulette vous ont dit que c'était Ze livre de leur vie et il faut absoooooolument que tu le liiiiiiises...  D'ailleurs, sur la 4ème, on trouve un extrait  de 17 lignes hyper supeeeeeer. Histoire de se mettre en bouche avant d'aller voir les 42273 autres à l'intérieur...

Bon on attaque ?

 Ouvrir "Belle du Seigneur" c'est tomber dans un océan,  un texte extrêmement ambivalent. Le plus souvent très bien écrit mais avec un rythme usant, parfois mélodieux, parfois abrutissant, jamais apaisant. Par exemple, l'incipit tient dans une phrase très rythmée, très jolie :

"Descendu de cheval, il allait le long des noisetiers et des églantiers, suivi des deux chevaux que le valet d'écurie tenait par les rênes, allait dans les craquements du silence, torse nu sous le soleil de midi, allait et souriait, étrange et princier, sûr d'une victoire."

Mais voila… On continue la lecture et là on commence à douter. Ca se traièèèèèèèèèèène, ca manque de cadence, c'est loooooooong. Certains monologues sont presque illisibles (tiens la phrase que j'ai commencée à lire il y a 5 pages n'est toujours pas finie et je n'ai pas rencontré une seule virgule).   Certes, c'est immersif mais c'est vraiment limite limite...
Et puis on pressent vite que, ce que Cohen veut nous raconter, en somme, c'est la naissance, la vie et la mort d'une passion...
Avec des digressions à la pelle. Que dis-je... A la brouette !
C'est épuisant !

Alors,
Que faut-il sauver dans ce bouquin ?

Je ne sais pas...
Peut-être le foutage de gueule sur la mesquinerie des fonctionnaires de la SDN,  fats et méprisants, voire sur la bourgeoisie coincée dans ses valeurs nauséabondes et le qu'en dira t-on. 
Peut-être la diatribe, façon Molière, de ces faux dévots qui veulent "donner l'image que"… (nb ; vous me connaissez, vous savez bien que j'ai adoré…)
Encore une raison de ne pas vilipender ce bouquin ?  Voyons…
Peut-être quelques passages qui  expriment des sentiments avec beaucoup d'intensité…  Oui c'est ça. Il faut le reconnaitre, Cohen a une capacité incroyable à  décrire les circonvolutions de l'esprit animé par l'amouuuuur…
De temps à autres.

Mais globalement Belle du Seigneur est illisible.

Les rares passages brillants sont noyés dans ces chapitres fleuve, des longueurs insupportables... Des descriptions à n'en plus finir qui durent des pages, des propos qui n'ont pas grand-chose à voir avec l'histoire d'amour en elle-même. Bien sûr, les demoiselles fleur bleue vont m'envoyer dinguer…  Me dire "ah oui mais toi il te faut du easy reading…"
Bah non, pas du tout.
Simplement de quoi lire sans soupirer...

Je crois que ce qui m'agace le plus dans ce bouquin c'est bien la morale de l'histoire : toute passion est appelée à être vaine.
Merci Albert.
Ca donne envie de croire à l'amour ce que tu nous racontes. 
Une histoire intense ne peut donc pas être jolie et se finir sans heurts… Pffff…
D'ailleurs, si on va plus loin, il faut noter la duplicité de Solal qui ne dit pas tout à Ariane et qui joue un personnage, constamment.  Faut-il en faire une généralité ? Et n'y a-t-il pas un machisme ehonté dans cette logique où la pauvre Ariane se fait leurrer par le beau gosse ?

Bon je pourrai continuer ma diatribe sur des pages et des pages, tomber ainis dans  un propos à la Cohen (la beauté de certains de ses passages en moins).
Je vous invite donc simplement à ne pas lire Belle du Seigneur.
Si vous voulez un roman d'amour qui soit vraiment magnifique, vraiment touchant, allez (re)lire "La Princesse de Clèves" ou  "Aurélien", d'Aragon.
Et là je pèse de tout mon poids dans la balance pour vous faire un sourire et un soupir en pensant à celui-ci. Même si certains esprtis sceptiques vont me faire un sourire goguenard et me dire :
"Aurélien n'est pas un roman d'amour mais un roman sur le besoin d'aimer. On te reconnait bien là P-O"...
Peu importe.
Je vous quitte tout de même sur une phrase de Cohen, une jolie phrase pour saluer son talent, car il en a tout de même, il serait malhonnête de ne pas le reconnaitre ; une phrase qui pourrait s'appliquer parfaitement à l'amour...

"Et tout le reste est poussière soulevée par le vent."




Vendredi 12 février 2010 5 12 /02 /2010 23:28
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Edito

Djoune, Two sah'zeunde tène,

- Une réflexion qui monopolise encore toute mon attention :
la Lettre aux Rêveurs Impénitents
- Au Nom de la Prose, en sommeil pour 6 mois.

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