Elles courent de droite à gauche, elles
trottinent,
De ci, de là.
Elles s'envolent avec une élégance fragile et elles se rient des lois
de la gravité,
Plateau en suspension. Equilibristes, délicates et concentrées, elles arborent un sourire,
Toujours,
Eclatant.
Ce n'est pas un masque de façade, ce n'est pas une grimace diplomate. Elles sourient parce qu'elles le veulent bien. Mieux ; elles laissent les voyageurs prendre leurs marques, s'assoir
tranquillement, découvrir l'endroit, s'imprégner de l'atmosphère…
Le temps de laisser ses soucis au vestiaire, se détendre, respirer,
Et hop,
C'est à elles.
Entrée en scène.
Que ce soient pour les fidèles ou les curieux, elles ne passent pas en coup d'vent. Elles partagent un regard, une douceur, prévenantes et attentives. Et elles s'en retournent au bar, elles
baladent leur charme, à petits pas menus, comme pour donner un peu d'allant et de vie, un peu d'humanité à cette scène où les clients affichent, parfois, un personnage de convenance, le rôle
qu'on attend d'eux.
Peut-être ont-elles de petits soucis ou des difficultés, des études prenantes ou des parents oppressants, des amours compliquées ou une solitude qui résonne mais…
Elles ne sont pas là pour l'évoquer.
Elles jouent simplement leur rôle dans la grand' comédie du palais de verre, sur les lames vernies de ce théâtre, sous le regard du metteur en scène, ce grand frère ni trop gentil ni trop sévère.
Elles ne laissent de leur passage qu'un effluve de parfum léger et un sourire chez les observateurs discrets,
Une sérénité bienvenue dans une vie qui va trop vite, comme un soupir, un silence, une paix,
Ce sont des anges ou de petites fées,
Ce sont les serveuses du Libris Café.