Cette bafouille se lit mieux avec cette reprise. (ouverture dans une fenêtre annexe.)
Bon anniversaire Gertrude ! Tu permets que je t'appelle Gertrude ?[1]
Bah oui on est potes tous les deux.
Ca fait un an qu'on se connait, qu'on se côtoie.
Ca fait un an que tu fais la une de chaque numéro hebdomadaire de l'encart emploi de l'Express.
En fait, ça fait un an qu'il n'y a pas une journée sans qu'un quotidien, une radio ou une télé ne parle de toi.
Un an !
Je sais, ça ne doit pas être facile pour toi. Cette célébrité soudaine et brutale,
constamment sur le devant de la scène,
être la star et l'égérie, celle qu'on clame et qu'on n'oublie… jamais.
Pas de pause, d'accalmie, pas de repos, pas de répit.
Mais ne t'inquiète pas, Gertrude.
Comme ces soldats du fort Bastiani, dans "
Le Désert des Tartares", tu devrais voir un jour venir l'assaillant, ou même voir venir la relève. Enfin, je dis la "relève" mais ce n'est pas
tout à fait ça. On n'est pas dans un album d'Asterix…
Disons plutôt la reprise.
Et là, on a envie de détourner une chanson de Kali et de te poser la question :
Et pourtant,
Et pourtant…
Tu sais quoi Gertrude ?
Ma référence au "
Désert des Tartares" n'est pas fortuite…
"
Le Désert des Tartares", c'est un peu l'histoire d’une vie gâchée. Et cette vie, c'est celle de ceux qui n'osent pas créer leur chance. Celle de ceux qui attendent tout de la
fatalité et du destin, ceux qui n'osent pas, qui stagnent ou qui vétillent pour ne pas s'engager, qui ne font rien pour aller de l'avant et construire. De ceux qui se bercent de "ah si seulement"
et de "tiens je vais jouer au loto, on ne sait jamais"… Ces gens pusillanimes qui gardent espoir en sublimant un artefact éthéré, ceux qui pensent, qu’un jour, une bonne fée va se pointer et
tout changer. Un espoir odieux que Buzzati montre tel qu’il est : comme une forme de lâcheté.
Et je sais de quoi je parle, Gertrude. oui je ne le sais que trop bien et je l'avoue avec un peu de honte : j'ai mis deux ans à m'extirper de cette atonie.
Pour aller dans le même sens, ça me fait penser à cette réponse que j'ai reçue ce soir de la part de Décathlon où je postulais pour être
chef
manager de rayon :
Je déplore cependant que votre profil ne corresponde à aucun de nos métiers proposés, et vous informe que nous avons supprimé les informations vous concernant dans nos bases de données.
Negative answer, again and again,
So, what ?
Alors j'ai décidé de prendre le taureau par les cornes, Gertrude.
De t'envoyer chier.
Oui, je sais, dit comme ça c'est vulgaire mais tu n'imagine pas comme je m'en contrefous.
Tous les DRH me font la gueule et je sais bien : je devrais essayer d'être complaisant. Aller faire risette dans le réseau des anciens de Reims Management's Cool, appeler des gens pour les
"
rencontrer et leur demander des infos sur leur jobr", tournure insidieuse et malhonnête qui déguise un "
coucou, je vais venir taper l'incruste dans ton bureau sous prétexte qu'on a
fait la même école, histoire que tu notes bien que j'existe et que si tu vois un job passer dans une semaine, tu penses à moi vu que lorsqu'un job est posté sur Cadremploi ou Apec c'est qu'il n'a
pas été pourvu en interne, ouhai trop cool, j'te kiffe graaaaaaave".
Je vais donc me lancer comme autoentrepreneur.
A côté de mon job à mi temps,
A côté de mes recherches de boulot entrecoupées de courses pour ne pas penser,
A côté de mon aide apportée à l'assoce Coup de Pouce
Et advienne que pourra.
Je ne dis pas ça par fatalité.
Même quand on a bien ciblé son marché, son offre, son discours, la faute à pas de chance a toujours sa place.
Mais au moins j'aurais essayé et je pourrais enfin me regarder dans une glace.
Un an, Gertrude…
J'espère bien que tu vas crever dans les 6 mois.
Et c'est avec joie que j'irai cracher sur ta tombe.
Je te laisse avec une apologie ou une exhortation de Jaurès que je trouve bien jolie et que j'ai envie de suivre. Oui, je sais Gertrude : c'est beau les déclarations d'intentions. Mais pour moi
c'est un objectif à atteindre et un instrument, un moyen et un but. Un tout.
"Le courage, ce n’est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut résoudre ; car le courage est l’exaltation de l’homme, et ceci en est l’abdication.
Le courage pour vous tous, courage de toutes les heures, c’est de supporter sans fléchir les épreuves de tout ordre, physiques et morales, que prodigue la vie.
Le courage, c’est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces ; c’est de garder dans les lassitudes inévitables l’habitude du travail et de l’action.
Le courage dans le désordre infini de la vie qui nous sollicite de toutes parts, c’est de choisir un métier et de le bien faire, quel qu’il soit ; c’est de ne pas se rebuter du détail minutieux ou
monotone ; c’est de devenir, autant que l’on peut, un technicien accompli ; c’est d’accepter et de comprendre cette loi de la spécialisation du travail qui est la condition de l’action utile, et
cependant de ménager à son regard, à son esprit, quelques échappées vers le vaste monde et des perspectives plus étendues.
Le courage, c’est d’être tout ensemble, et quel que soit le métier, un praticien et un philosophe.
Le courage, c’est de comprendre sa propre vie, de la préciser, de l’approfondir, de l’établir et de la coordonner cependant à la vie générale.
Le courage, c’est d’accepter les conditions nouvelles que la vie fait à la science et à l’art, d’accueillir, d’explorer la complexité presque infinie des faits et des détails, et cependant
d’éclairer cette réalité énorme et confuse par des idées générales, de l’organiser et de la soulever par la beauté sacrée des formes et des rythmes.
Le courage, c’est de dominer ses propres fautes, d’en souffrir mais de n’en pas être accablé et de continuer son chemin.
Le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir
quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense.
Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux
applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques."
[1] Intro empruntée à l'article du Tigre sur Marc L…
Vos regards