Excuse-moi Jay, je t'ai piqué ce titre de chanson mais il correspond bien à mon article alors…
Vendredi soir, mon amie Marianne a posté sur Facebook un statut qui m'a interpellé car je voulais justement vous parler du phénomène afférent.
Elle nous informait qu'elle avait d'ores et déjà reçu une pub pour la St Valentin. 3 semaines avant la date fatidique...
Bon, à vrai dire on s'en fout de la St Valentin, mais ce qui me choque c'est plutôt le caractère prématuré de cette pub…
C'est comme le fait qu'on nous a bassinés avec la mort de Camus (4 janvier 1960) dès la mi-novembre.
Deux mois avant la date anniversaire, les publications (même les hebdomadaires!) rivalisaient déjà avec des unes provocantes et aguicheuses pour
créer un événement dans la tête du lecteur,
attirer son bras et qu'il achète CETTE publication avant les autres (tiens d'ailleurs je trouve que l'Express a de plus en plus une image
gutter press, avec des titres vulgaires…
C'est comme les hors série "bilan de 2009" que chaque publication nous sort… début décembre. Nimp !)
Dans cette optique, quand je vois l'essor de Twitter, je suis fasciné.
Voila bien une illustration de ce besoin qu'on a de toujours être au courant à temps, comme une nécessité d'être à la page, non stop, de se rassurer constamment en ayant l'info qui tue à temps.
Mais aussi de transformer son existence en info et de rappeler qu'on existe. Quand je lis sur Twittter les twits (cest comme ça qu'on dit ?) de
Vicky Bad Hair Days qui nous raconte son quotidien laborieux avec des posts réguliers plus ou moins ironiques pour nous donner la température de sa journée et son rapport au monde,
je suis fasciné (je t'aime Vicky, ne le prends pas mal).
L'evenement est info, l'info est evenement.
Je reçois régulièrement des alertes en pop up sur mon iphone envoyées par mon appli "Le Monde" pour me tenir au courant de diverses actualités qui viennent de tomber sur les télescripteurs des
salles de rédactions ; évenements dont un esprit plus ou moins affuté a estimé le caractère urgent. Certaines pop up sont intéressantes mais aucune n'a un caractère d'urgence ! Vais-je vivre mieux
en apprenant avant les autres que René Pourvivr le premier ministre du Toufoulkan a démissionné ?? Je suis perplexe...
En fait l'info a moins un caractère d'information qu'une dimension rassurante. Ce n'est plus l'info qui est urgente, c'est l'urgence qui est info ! On n'est pas pris au dépourvu, on anticipe,
on est bordé de partout. Illustration s'il en est, l'essor depuis quelques années sous l'influence de la judiciarisation de la société (je néologise si j'veux), du fameux principe de précaution. Il
anime toute action politique. Comme on ne veut pas être blâmé à posteriori, on préfère anticiper. Rien de vraiment critiquable là dedans mais ce qui est agaçant c'est le fait de communiquer
là-dessus pour montrer qu'on est un bon dirigeant
timoré et craintif là où il n'y a que du bon sens.
Bref, quand je vois que même des quotidiens comme le NYT ont crée des emplois dans leurs équipes, dédiés à Twitter et aux reseaux sociaux histoire d'avoir, avant tout le monde, des infos qui ne
sont pas dans les canaux classiques, je me dis "où va-t-on ?"...
Et c'est une question qui me tarabuste.
Aujourd'hui, regarder le JT de 20h00 sans le son, c'est prendre dans la tronche des images qui ne sont pas des infos mais des illustrations avec un fort pouvoir émotionnel. Va-t-on arriver à des
journaux télévisée comme aux states où deux journalistes présentateurs donnent des infos sur un ton dramatique et échangent des phrases de commisération ?
Même la radio s'y met.
Comment expliquer le fait que le journal radiophonique de 13h de France Inter, qui avait encore une rigueur il y a quelques années, se soit transformé en une mare putride où on nous parle 15
minutes de la fermeture d'une usine avec des sketchs à forte valeur émotionnelle (le syndicaliste vénèr) et, à coté, on passe 30 secondes sur un projet de loi visant à rationaliser la fonction
publique (20% de l'emploi en France, +36% depuis 1980) ? Comment expliquer qu'on nous abrutit d'infos sur un épiphénomène sans interêt et qu'on passe vite fait sur des débats à l'assemblée
nationale portant sur des réformes importantes ? Réponse : parce qu'il faut avant tout de l'émotion...
Le label "info" est devenu un masque et un outil. Le mot est une coquille vide qui accueille n'importe quoi et qui justifie les tarifs exorbitant des publicités qui vont venir avant ou après
lesdites infos. C'est un prétexte et un déguisement. Par, exemple, on appose de plus en plus une étiquettel "info" à ce qui n'est que de la pub voire pire, on le suggère de façon malhonnête et
insidieuse. J'en veux pour preuve l'essor abrutissant de ce qu'on nomme le "publirédac", ces putain de pages de pub insérées dans les magazines sous l'apparence d'un article pour vanter les mérites
d'un produit ou d'une enseigne, voire même les suppléments qui accompagnent les exemplaires de certains hebdos, par exemple ceux du Monde 2 parfois sur "l'actu des montres" ou celui hebdomadaire de
l'Express, véritables pretextes à pub. Mais merde, on nous prend pour des cons et nous on est des complices benoits de ça !!
Va t-on arriver à une situation où le fait de lire un journal ou de regarder un JT va devenir un exercice intellectuel pour déméler le vrai du faux, la pub de l'info réelle ? Commet réagir
quand on voit certaines demoiselles, qui tiennent des blogs influents avec un lectorat important, contactées par des marques commerciales ? Bah oui, afin de rédiger des "publiredacs" sur leurs
pages pour vanter tel ou tel produit... Ce phénomène manifeste d'un esprit insidieux qui me fait dire que je suis un peu trop bisounours ou fallacieusement intègre...
Autant conclure avec une autre intérrogation.
Le placement de marques dans les films est important, certes.
Mais va t-on arriver à un stade où nous serons comme dans un épisode du Truman show et où les pubs seront déguisées sous l'apparence de discussions anodines ? Cette évolution de la place de la
consommation dans les relations sociales est-elle inéluctable et faut-il blamer cela dans une logique anticonsumériste ou bien faut-il l'admettre et dire amen ? Vaste débat...
Samedi 23 janvier 2010
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