Entre deux Présidences du Conseil, sous la IIIème République, Edouard Herriot (Parti Radical) a eu cet aphorisme :
"
La politique, c'est comme l'andouillette. Ça doit sentir un peu la merde, mais pas trop".
Or cette phrase est d'actualité alors que la campagne pour les régionales laisse les Français au mieux circonspects au pire indifférents.
Au-delà des affaires de corruption éparses, qui le pollue de façon épisodique, le paysage politique français ressemble à un hôpital propret.
Depuis 30 ans, nos dirigeants ont mis en place une politique sans odeurs, une politique aseptisée, une politique qui sent bon l'eau de javel et qui n'a pour seul but que de stériliser les
consciences : nos hommes politiques ont jeté la France dans un vide abyssal et leur faute est indéniable… Coupables d'avoir choisi un statu quo, facile et creux, de ne pas s'être engagé et d'avoir
toujours choisi la facilité ; ne pas avoir eu le courage de dire les choses, d'assumer une direction. Mendes-France l'avait chuchoté sans que personne ne l'entende: "
gouverner, c'est
choisir".
Mais les politiciens ont préféré confisquer le jeu politique pour le rendre vain et stérile.
Ils ont préféré agiter, de temps à autres, de ci de là, des torchons de polémiques, sans aucun débat de fond.
Ils ont préféré ne pas faire les choix qui engagent mais constamment chercher une excuse pour ne pas mettre en jeu leur… responsabilité.
Ce fut le "ni-ni" de Mitterrand en 1988,
repris par Chirac en 1995,
porté aux nues par Jospin en 2002 ("mon programme n'est pas socialiste")
et transformé en effets de manches et rhétorique passe-partout par Sarkozy en 2007.
La scène politique française ressemble à un vide intersidéral, cet espace où même en faisant un effort, on ne peut entendre personne argumenter. Vacuité.
Voila 30 ans que la France n'a pas avancé et n'a pas connu les réformes nécessaires à sa modernisation. Par exemple, les choix drastiques effectués en Allemagne pour sauver la sécurité sociale
locale montre bien la lâcheté lamentable de nos hommes politiques. Ceux là même qui ont préféré jouer aux Ponce Pilate et laisser se creuser un trou insondable dans les caisses d'assurance-maladie
plutôt que de susciter la colère des syndicats omnipotents ou risquer de perdre des élections en faisant des choix qui auraient pu déplaire.
Or, en 30 ans, le monde a changé.
Un peu.
Trois fois rien.
A l'ouest, gentils à l'ouest...
En 1973, Alain Peyrefitte disait déjà une vérité essentielle dans le livre éponyme : "
Quand la Chine s'éveillera, le monde tremblera".
Or, nous y sommes : la Chine s'est réveillée. Et l'Inde avec elle.
Au total, ce sont 2,5 milliards d'individus, corvéables à merci ; une population active jeune, un coût du travail ridicule, une bonne volonté et un allant incroyables quand la France est névrosée,
sclérosée.
Nos hommes politiques ont pourtant eu le temps de préparer le pays à cette évolution inéluctable. Mais ils ne l'ont pas fait. Pourquoi un tel immobilisme ?
Le jeu politique n'a plus rien du combat d'antan, de l'affrontement d'idées, des projets proposés pour répondre aux problèmes du moment. "
La politique n'est plus ce qu'elle était" disait
déjà René Rémond, en 1993. Il faut rajouter "elle n'est plus là où elle était".
Car les 72 Français les plus puissants sont nos députés européens à Strasbourg.
80% des lois adoptées par le Parlement Français ne sont que la retranscription de textes votés au Parlement Européen ou l'application de directives conçues par les technocrates de la Commission
(quelle démocratie!).
Mais en France, quid ?
A droite comme à gauche, on trouve un propos creux et démagogique, une polémique de chaque instant.
C'est peut-être l'humanité sans fard, ce discours avec des mots simple, cette apparente sincérité de Daniel Cohn Bendit, lors de son débat télévisé face au politicien Bayrou, qui a contribué au
succès du parti écologique lors des élections européennes. Mais il n'est pas certain que les hommes politiques, toutes couleurs confondues, aient tiré les leçons de ce scrutin.
Ce succès de l'écologie montre bien que les français veulent un discours sans contrefaçons, un parler vrai, des propositions concrètes, sans faux semblants. Or, dans les débats classiques,
les discours sont interchangeables. D'ailleurs, il n'y a plus de frontières entre les clans : les uns passent à l'ennemi sans sourciller, les autres fustigent l'adversaire, sans proposer de
solutions alternatives. La droite et la gauche n'ont plus de signes distinctifs. La collusion est logique car l'agora politique n'est plus qu'une scène de théâtre où les acteurs récitent leur texte
en essayant de décrocher un césar ("politique spectacle").
Ce qui est agaçant, c'est qu'à force de jouer un rôle, de brosser l'électeur dans le sens du poil, de calmer les coups de sang en lâchant du lest (avantages sociaux, entre autres) on a creusé une
dette insondable et engendré une "déresponsabilisation" massive. Des illustrations de cette stupidité ? Par exemple, les prélèvements fiscaux, lesquels sont au maximum pour une efficacité des
services publics mise en cause régulièrement. Autre exemple, le fait que 20% des français n'ont aucune formation… Vont-ils s'expatrier en Asie pour offrir leur force de travail aux usines toutes
neuves ? Quel avenir pour eux ? Comment a t-on pu arriver à une telle situation ?
Une trajectoire, un allant, un but.
Aujourd'hui, ce qu'il faudrait à la France, c'est un gouvernement d'union nationale.
Voire une bonne dictature.
Oui, dire cela a quelque chose de choquant et il serait rassurant que de nombreux lecteurs aient tressailli devant cette invective digne du "ce qu'il leur faudrait c'est une bonne guerre" de nos
ailleuls.
Le terme a été choisi à dessein... mais il est effarant qu'il soit nécessaire d'évoquer le mot "dictature" pour suggérer l'image d'un pouvoir politique courageux qui accepte de prendre les
décisions impopulaires mais nécessaires. Il faut regarder les choses en face : il n'y a plus 36 politiques possibles dans un monde qui n'a plus de frontières…
Dès lors, quel rôle peut avoir l'Etat ?
"Donner l'impulsion en termes économiques"
Mais comment être efficace ? Quelle politique commerciale, quelle politique industrielle ? Comment lutter contre les couts de fabrication des pays émergents ?
"En apportant une valeur ajoutée"
Mais laquelle ? Un savoir faire, une qualité, une finition ? Soit ! En pratique, quid du développement des fameux pôles de compétitivité ? Quid de l'enseignement et de la recherche ? Et
jusqu'où cette course peut-elle aller ?
Evoquer l'avenir, c'est bien joli mais c'est oublier l'essentiel ; qui sera aux commandes, pourquoi choisir cette personne et quelle sera sa légitimité ? Quelles solutions apporter et quid en
pratique ? S'il est des décisions nécessaires mais impopulaires, qui osera les prendre ?
La question qui se pose est donc encore et toujours celle de la responsabilité de nos dirigeants, laquelle peut se résumer avec cette phrase d'un ministre, lâchée dans l'affaire du sang contaminé
il y a 15 ans : "responsables mais pas coupables". Antinomie invraisemblable ! Etre responsable c'est assumer les erreurs qui ont été commises sous son autorité.
Face à cette lâcheté politique, (Gouverner, c'est tergiverser...) on pourrait jeter un regard distant sur cette campagne des régionales. Or, les militants sur le terrain sont tous unanimes pour
évoquer la lassitude des électeurs devant le jeu politique.
Mais si l'électeur ne veut plus aller aux urnes, c'est le triomphe du despotisme !
Il faut donc redonner à la politique son allant et son intérêt !
Quitte à oublier le cadre national et se hisser au niveau européen pour reconquérir ses droits civiques. Lors des dernières élections, c'était le but de la campagne de Newropeans, le seul parti
politique européen à présenter des listes dans 4 pays différents.
Il faut donc mettre de la moutarde sur le bord de l'assiette pour redonner de la saveur à l'andouillette !
Faire oublier que, parfois, elle pue !
Retrouver la saveur, rendre la politique attractive,elle qui est devenue une comédie grotesque qui assomme les Français.
En guise de conclusion, il serait bon de rappeler cette phrase magnifique de Jean Jaurès, une phrase universelle et non partisane que nos hommes politiques, de droite comme de gauche, devraient
appliquer à la lettre :
"Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux
applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques"
je partage ce constat avec une certaine lassitude: cela fait en effet très longtemps que celui-ci est mis en avant dans les médias et dans les discours des politiques, et pourtant rien ne change.
En ce qui concerne les élections régionales, je dirais qu'avoir des infos sur le bilan du conseil régional actuel, et même des infos sur le contenu, n'est pas tâche facile. Et ce ne sont pas les prospectus envoyés par la poste qui nous renseignent vraiment. Ce fait n'incite pas les gens à s'intéresser à ce qui se passe.
Enfin,en ce qui concerne l'indifférence politique,nous autres jeunes qui sommes plein d'énergie et pas encore totalement désabusés (pour ma part,je m'y refuse)pouvons raviver l'esprit citoyen. Je ne veux plus me lever tous les matins en me disant que quelque part, nous avons raté notre époque.
Bisous
Manue