otre pays traverse aujourd'hui une crise majeure, face à laquelle les solutions d'hier et les
clivages simplistes sont non seulement dépassés, mais nocifs.Avec plus de 10 % de chômeurs, un jeune sur quatre sans travail et un Français sur cinq sans formation, un million d'enfants pauvres, des hôpitaux saturés, une assurance-maladie qui vit à crédit aux dépens des générations futures, le système social français n'est plus un modèle pour personne ; au mieux, c'est un vestige.
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Qui peut croire, face à un tel constat, que le désarroi d'un pays où les extrêmes recueillent plus de 30 % des voix, où tous les grands partis de gouvernement sont désavoués, se résoudra par la création d'un CDD de deux ans ou l'alliance contre nature de la social-démocratie et du trotskisme ?
Cessons de nous mentir : nous n'avons pas vu le monde changer.
Nous avons échoué à faire aimer l'Europe.
Nous avons soutenu des dictatures et brocardé les droits de l'homme.
Ce n'est pas un hasard : nous étions recroquevillés sur nos certitudes. Sans repères et sans projet, perdant jour après jour son rang, sa puissance, son dynamisme, notre pays va mal.
Ceux qui prétendent aujourd'hui le contraire ne sont pas seulement des menteurs ou des égarés, ce sont des malfaisants. Moi qui me suis tant battu pour dénoncer le malheur des pays en détresse, je ne puis assister immobile à la déroute morale, politique et économique de mon propre pays.
Il est criminel de faire comme si la France traversait un simple trou d'air dont nous pourrions sortir par des politiques héritées des années 1960. Le projet européen, qui porte pourtant notre avenir, est aujourd'hui au point mort. Au-delà de l'unité de façade affichée à Gleneagles, nous devons affronter un fascisme islamique à ne pas confondre avec l'immense majorité de l'islam qui s'attaque avec la pire des lâchetés à nos sociétés démocratiques. La débâcle intellectuelle que nous vivons appelle des solutions radicalement nouvelles. Elle demande un véritable effort d'honnêteté et d'information, d'explication et d'implication. Notre pays y aspire.
Les premières victimes du mensonge organisé qui pollue aujourd'hui tous les discours politiques, ce sont hélas, comme toujours, les plus démunis, ceux-là mêmes que l'on prétend tirer d'affaire. C'était avant-hier les mineurs de Lorraine, auxquels on annonçait d'improbables reclassements ; c'était hier les salariés de Vilvorde, que l'on tentait de rassurer sans leur expliquer qu'une usine en Roumanie coûtait moins cher ; Ce sont aujourd'hui les ouvriers du textile, auxquels on tente de faire croire que quelques barrières douanières permettront de lutter contre l'ouverture d'un marché d'un milliard de travailleurs. Chômeurs sans perspective, jeunes sans diplôme ni logement, femmes en situation d'extrême précarité ou travailleurs sans ressources assistant impuissants au délitement de leurs repères et à la baisse de leur pouvoir d'achat : voilà les vrais sinistrés du mensonge.
La France réelle, la France qui souffre, n'a plus les moyens de vivre dans ce monde virtuel dessiné par des dirigeants malhabiles ou soucieux de conserver leurs mandats.
La France est aujourd'hui dans l'urgence. Elle a besoin de vrais débats, elle exige de vraies clarifications, qui tranchent avec la culture frileuse du non-choix que nous subissons depuis des décennies. Les Français le savent, ils sont prêts à accepter les conséquences de la vérité, fussent-elles douloureuses. Encore faut-il cesser de tuer en eux le goût du risque et décider de leur parler, de les écouter, d'expliquer, de débattre...
Bref, arrêter, tous ensemble, de nous mentir.
Si l'on persiste à faire croire aux lendemains qui chantent et aux potions magiques, nous savons trop bien vers quels recours trop de Français se tourneront. Lorsqu'il est trompé, l'électorat a
la triste habitude de prendre maîtresse chez les extrêmes...
Cesser de mentir, c'est avant tout sortir d'une vision méprisante et élitiste de la politique, fondée sur l'idée que le peuple ne peut pas comprendre les enjeux de notre monde complexe. C'est instaurer une nouvelle manière collective de faire de la politique, en refusant les exclusives partisanes et les remèdes miracles. Nous en avons déjà suffisamment souffert. Brassons les idées, proposons des solutions, le choix des hommes et des femmes viendra plus tard.
Le bouillonnement qui s'est emparé de notre pays durant la campagne référendaire du printemps l'a montré : les Français sont avides de confrontations fécondes. Ils savent que nous sommes dans une période de terribles incertitudes qui exigent de profondes remises en question, mais ils refusent l'impuissance autant que le déni. Ils veulent retrouver la France dont ils sont fiers, celle qui avance, celle qui marque des points, pas celle qui accuse la fatalité de l'échec. Ils veulent construire l'Europe, à condition d'en être les acteurs et non les victimes. Et établir un nouveau partage, plus juste pour la planète des pauvres.
Ce travail d'explication et d'implication est nécessaire, mieux, il est attendu. Soyons sans crainte, les Français sont capables d'admettre qu'on ne pourra pas continuer à utiliser autant d'essence avec un baril à 60 dollars, et bientôt à 100 dollars, qu'avec un baril à 30 dollars. Ils acceptent de prendre une large part de responsabilité face au monde en développement, qui ne comprend pas nos relents de xénophobie.
Les Français sont assez généreux pour envisager l'immigration autrement que sous l'angle d'une vaine fermeture de nos frontières. Ils sont suffisamment lucides pour comprendre que seules les
entreprises sont aujourd'hui en mesure de créer massivement des emplois. Ils sont assez sensés pour prévoir que nous ne pourrons pas continuer à améliorer notre système de soins sans y
consacrer les sommes nécessaires. Ils savent aussi que, si le fait de vieillir en bonne santé est une chance, celle-ci a un coût. Ils savent surtout que seul le travail engendre du travail, de
la confiance et de la croissance, et que, pour avancer, il nous faudra travailler plus. Ayons l'honnêteté de dire les choses telles qu'elles sont, et non telles qu'elles étaient il y a
cinquante ans. Et ayons l'audace d'inventer tous ensemble les solutions du futur.
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Les années à venir seront difficiles.
Ne promettons pas monts et merveilles, mesures sociales miraculeuses et avenir assuré pour nos enfants. Promettons, par la recherche et la persévérance, un effort fécond qui permette à notre
pays de se reprendre et de retrouver son rang dans le monde, là où on l'attend, dans l'énergie, l'invention sociale et la générosité.
Notre France doit redevenir une référence pour un nouveau partage des richesses et de l'espoir, ici, chez nous, et là-bas, chez les autres. Face à ce défi historique, nous souhaitons, mes amis et moi, engager, dans les mois qui viennent, un dialogue avec les Français, car le seul clivage réel, le seul qui à mon sens soit pertinent, est celui qui sépare la vérité du mensonge, le courage du renoncement et l'intérêt général des intérêts particuliers. Il est grand temps d'aller de l'avant.

Vos regards