C'est la fin de la journée, vous êtes le dernier à partir, les bureaux sont déserts. Vous éteignez votre ordi, jetez quelques papiers et vous vous tournez vers la baie vitrée. Là bas, tout en bas la foule pietine, les voitures coexistent, la vie suit son cours...
Et là, alors que vous contemplez la nuée en espérant l'orage, l'evidence vous saute aux yeux :

cette existence est d'une absurdité sans nom !

Or en matiere d'absurdité de la vie c'est Camus le maitre.
Alors, en reprenant votre bus pour rentrer chez vous vous remémorez ses bouquins,
Et là, c'est le Drame !
Vous vous rendez compte que tous ces livres sont d'une actualité à faire frissssonner n'importe qui...

Bon OK en fait c'est pas vous, c'est moi, P-O...
Arrivé chez moi, j'ai cherché un peu sur le web... Et j'ai trouvé cettre phrase, extraite du Mythe de Sysiphe, le 1er essai de Camus.

«  L’absurde nait de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde. L’absurde est essentiellement un divorce. Il n’est ni dans l’un ni dans l’autre des éléments comparés, il nait de leur confrontation. L’absurde, c’est la raison lucide qui constate ses limites. »

Allez prenons deux oeuvres temoins... Les plus connues peut-être. La Chute, tout d'abord.
Pourquoi relire La Chute ?


La chute, c'est celle de la femme du haut du pont, mais c'est celle aussi de Clamence, cet homme qui n'aime personne, si ce n'est lui même. Cet homme qui virevolte de femme en femme.
Jusqu'à la chute de l'une d'elle qui va entrainer la sienne.

Cette chute de Clamence, c'est peut-être la chute de l'homme contemporain a qui  le monde moderne a volé son humanité avec toute sa comédie sociale. Clamence, symbolise l'avenir de l'Homme, un avenir pas brillant et guere optimiste. Il incarne la chute de la civilisation  dans un chaos indescriptible. Le Chaos du monde dans lequel Camus vit. (mais notre monde actuel n'est il pas toujours aussi chaotique ??)

Ce qui est super important à mes yeux, plus que la parabole sur l'humanité, c'est le fait que Clamence le beau parleur, Clamence l'avocat, (oui, Clamence le juriste!!), est omnubilé par le jugement ! Celui  que son entourage, proche ou non, a sur lui, cette image qu'il offre à la societé.

C'est le rire de la societé qui déclenche tout.
Le rire moqueur et anonyme.
Clamence se decouvre fragile, sujet à la farce.
Dorenavant, il ne peut plus être insouciant. Il ne peut plus se soustraire au jugement de ces concitoyens. Et le jugement est rude ! Iradié par sa vie de plaisirs, Clamence a perdu de vue l'essentiel : être humain et responsable. La chute de la femme lui demontre sa lacheté et lui donne envie de repartir à zero. C'est ce que Camus a developpé dans le Mythe de Sysiphe :

« Il vient toujours un temps où il faut choisir entre la contemplation et l’action. Cela s’appelle devenir un homme. Ces déchirements sont affreux. Mais pour un coeur fier, il ne peut y avoir de milieu. Il y a Dieu ou le temps, cette croix ou cette épée. Ce monde a un sens plus haut qui surpasse ses agitations ou rien n’est vrai que ces agitations. Il faut vivre avec le temps et mourir avec lui ou s’y soustraire pour une plus grande vie. Je sais qu’on peut transiger et qu’on peut vivre dans le siècle et croire à l’éternel. Cela s’appelle accepter. Mais je répugne à ce terme et je veux tout ou rien. »

Voici donc le nouveau Clamence, qui veut tout ou rien : Clamence le noctambule, celui qui avance dans le noir, celui qui a tout perdu : le soleil, ses illusions qu'il prenait pour verités, son innocence aux deux sens du terme et sa confiance envers l'humanité.

Clamence enfile alors les habits du juge et entame son propre proçès afin de se purifier. Histoire de retrouver un semblant d'honneur, de retrouver une virginité. Elle passe par une auto accusation qui lui ouvre le droit de juger lui aussi les autres, de devenir juge-pénitent.

Et vous savez quoi ? On est tous des Clamence. Clamence qui nous dit de ne pas se laisser aller au desespoir et au renoncement... Ou plutôt, on devrait tous être des Clamence. Enfin, moi j'aimerais bien en tout cas. "Pour un coeur fier, il ne peut y avoir de milieu..."


Passons à l'Etranger... Pourquoi relire l'Etranger ?



L'Etranger c'est un bouquin que j'aime beaucoup pour des raisons personnelles.
Mes parents me reprochaient souvent de ne pas leur être reconnaissant ou de ne pas etre attentif à la vie familiale.

Bien entendu c'était completement faux.
 
Il y avait une part de pudeur, de maladresse et de distraction de ma part et une part de naturel.
Le probleme, c'est qu'ils avaient tellement besoin de ces manifestations de gratitude, qu'ils traduisaient l'absence de celles-ci par un defaut pur et simple de gratitude de ma part.  Et bien vous savez quoi ? Vous sortez cette situation de son contexte et vous la multipliez à l'infini . Ca y est ? Vous y êtes ? Bienvenue dans notre societé actuelle où l'existence precede l'essence, où le paraître prime sur l'être.

Tout le contraire de l'Etranger...

L'étranger, c'est Meursault et Meursault, c'est Romain Duris à la fin de l'Auberge Espagnole.
Quelqu'un qui refuse de se compromettre et ne pas etre en accord avec soi même. 
Meursaut et Duris ne rentrent pas dans la danse.
J'ai retrouvé sur le web cette interview de Camus où il dit :

" Meursault refuse de mentir. Mentir ce n'est pas seulement dire ce qui n'est pas. C'est aussi, c'est surtout dire plus que ce qui est et, en ce qui concerne le cœur humain, dire plus qu'on ne sent. C'est ce que nous faisons tous, tous les jours, pour simplifier la vie. Meursault, contrairement aux apparences, ne veut pas simplifier la vie. Il dit ce qu'il est, il refuse de masquer ses sentiments et aussitôt la société se sent menacée."

Or cette reaction de la societé a pris une ampleur étourdissante pour acoucher de notre monde actuel...  A tel point, que dire ses sentiments, s'engager sur quelque chose, est devenu un acte exotique, étrange et qui fait peur. Cette peur est normale, mais le fait que de moins en moins d'individus se sentent pret à la surmonter ne l'est pas. C'est même desesperant. Desesperant pour l'humanité qui glisse ainsi tranquillement dans le gouffre après des siècles de creativité et de progrès.

Bon je pourrais passer des heures sur le sujet alors je prefere vous laisser là avant d'enterrer l'honnêteté intellectuelle.
Voici en conclusion une description que Sartre faisait en 1945 dans un magazine americain.

 "... Il est probable que dans l'œuvre sombre et pure de Camus se puissent discerner les principaux traits des lettres françaises de l'avenir. Elle nous offre la promesse d'une littérature classique, sans illusions, mais pleine de confiance en la grandeur de l'humanité; dure, mais sans violence inutile, passionnée mais retenue... une littérature qui s'efforce de peindre la condition métaphysique de l'homme tout en participant pleinement aux mouvements de la société."

Et une phrase de Camus qui nous invite à ne pas trop nous prendre la tête avec ces considerations...

 « Parce que j’ai envie de vivre et d’être heureux. Je croix qu’on ne peut être ni l’un ni l’autre en poussant l’absurde dans toutes ses conséquences. », Caligula, 1944

ps : Et si vous relisiez le Desert des Tartares pendant que vous y êtes ?
Lundi 14 février 2000 1 14 /02 /2000 01:47
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Edito

Djoune, Two sah'zeunde tène,

- Une réflexion qui monopolise encore toute mon attention :
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