Printemps 2003...
Chers Fonctionnaires de ma Grande B-U,
Je m’adresse à vous comme on part en croisade : l’âme conquérante et des illusions plein la tête en essayant d’oublier que je vais me manger une grosse mandale en arrivant en Terre Sainte.
Damned…
J’observe avec une attention toute particulière les soubresauts primesautiers que vous nous imposez depuis quelques semaines pour protester contre tout et n’importe quoi. J’utilise le terme «
primesautier » à dessein car « primesautier » cela veut dire "vif, alerte, spontané “ ce qui est cocasse car ce ne sont pas les premiers mots qui viennent à l’esprit quand on pense à un
fonctionnaire de la Grande B-U. Soubresauts primesautiers donc… Cela prouve au moins que vous savez réagir quand cela vous semble nécessaire…C’est un point positif… (qui a osé dire « C’est le
seul.» ? )
J’observe donc vos élans grévistes et bien sur je râle… Non pas contre le mouvement social mais contre cette fraction d’entre vous qui anime la soi disant lutte contre le soi disant oppresseur.
Prenons par exemple la question de la Reforme du Régime des Retraites. Vous abusez de votre doigt de grève pour des raisons illégitimes et rétrogrades, dans le seul but de maintenir une situation
qui, si elle n’est pas rénovée, va mener à un désastre financier et social incommensurable. Le problème des retraites n’est ni politique ni idéologique, il est seulement lié à la répartition et à
la démographie. Il n’offre qu’une seule issue courageuse : celle que vous refusez. Celle que les esprits honnêtes, de gauche comme de droite, savent inéluctable.
Il est vrai qu’à vous entendre il y aurait d’autres moyens de «solutionner » le problème…Et bien non il n’y a pas d’autres moyens ! Et ça vous le savez fort bien car vous avez sûrement pris
le temps de vous renseigner à fond sur le sujet afin de connaître tous les tenants et les aboutissants de votre grève. Vous avez pris le soin d’aller débusquer et lire en son entier le « Rapport
Charpin » [1]. Mais oui, vous savez, ce fameux rapport qui en 1998 faisait état de la situation et de l’urgente nécessité de réformer… Mais le gouvernement préféra l’enterrer et de ne pas prendre
le risque de vous énerver : on demanda alors un nouveau rapport à Monsieur Teulade [2], lequel fut payé très cher pour dire officiellement que tout allait bien dans le meilleur des mondes. Un homme
crédible ce Monsieur Teulade : il tablait sur 3 % de croissance par an et un chômage de moins de 5%... Rigolo, non ?
Mais s’il n’y avait que ça…
Vous vous mettez en grève pour dénoncer le projet de décentralisation qui va mener à l’autonomie des Facs. C’est vrai que c’est dangereux tout ça… Cela risque de rationaliser les budgets de
fonctionnements, d’imposer une certaine efficacité, d’induire des tailles franches dans vos effectifs. Cela risque donc d’accroître la somme de travail par tête et vous pousser à…ouhlala à
travailler. Tout cela risque donc de vous inciter à vous mettre en arrêt maladie plus souvent que d’habitude, histoire de compenser. Ce qui va donc contribuer à accroître la dette sociale (le trou
de la Sécu) qui, elle, est financée par tous les salariés, fonctionnaires et privés…Ouf ! Je comprend mieux pourquoi vous faites grève : c’est parce que vous êtes solidaires et que vous ne voulez
pas imposer une charge supplémentaire à tous ces gens qui travaillent dur pour payer vos arrêts « maladie »…
Toutefois,
il serait déplacé de dire que vous êtes des privilégiés, bardés d’avantages sociaux plus ou moins légitimes et de passe droits.
Il serait malhonnête de dire que vous utilisez le moindre prétexte pour faire grève et réclamer des avantages indus.
Ce serait un manque de tact que de faire remarquer que vous n’avez aucuns comptes à rendre, aucun risque de sanctions si vous faites mal votre boulot, aucune contrainte de compétence, de résultats,
d’efficience.
Il serait insultant, après avoir mené une observation attentive et répétée des bureaux situés au niveau du service du prêt, à coté de la sortie, de vous traiter de tires au flanc.
Il ne serait pas élégant de vous rappeler que parmi les fonctionnaires il en existe certains qui ont conscience de leurs missions de service public, qui bossent honnêtement en gardant en tête
qu’ils représentent l’Etat et qui se rendent compte que leur sort est enviable par rapport à celui de quelqu’un travaillant dans le privé ou un chômeur (mais ça le chômage vous ne connaîtrez
jamais…)
Décidément vous dire tout cela serait vraiment dégueulasse.
C’est pourquoi je ne vais pas non plus vous dire que vous êtes parfaitement méprisables, comme à chaque fois que vous faites grève pour des raisons fallacieuses.
Par contre, vous pouvez compter sur moi pour vous pourrir copieusement la vie l’année prochaine si vous continuez vos
simagrées.
P.O.L
Ce courrier a été envoyé pour information à votre directeur, Monsieur Jean Mallet.
Les étudiants peuvent lui adresser leurs doléances à votre sujet à l’ adresse jean.mallet@u-paris10.fr : il ne demande que ça.
[1] http://www.edvfrance.com/synthese_du_rapport_charpin
[2] http://www.conseil-economique-et-social.fr/rapporti/texte.asp?Repertoire=00011201&ref=2000-01
Jeudi 3 février 2000
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Vos regards