Ce mois-ci j’aurais bien aimé vous donner toutes mes différences et tous ces défauts qui sont autant de chances mais comme la Directice de la Publication m’a fait les gros yeux il a bien fallu
trouver quelque chose de serieux. J’ai donc decidé de vous parler de la réforme LMD, sans chichis, sans blablas, sans sations. Ah la déconne, toujours la déconne…
Bologne, Juin 99. 40 ministres europeens decompressent en se goinfrant de spaghetti et de Chianti sous le soleil de Romagne. Apres une semaine de labeur de sang, de sueur et de larmes, ils ont
enfin adopté les grandes lignes du projet LMD, la fameuse réforme qui vise à harmoniser l’enseignement superieur en Europe. Petite etape parmi tant d’autres sur le trajet normatif et qui va
déboucher sur un joli texte communautaire, à Prague quelques mois plus tard. En ce qui concerne sa transposition en France, le décret d’aplication a été signé juste avant l’election presidentielle
et la nouvelle majorité s’est donc vue refiler le bébé avec l’eau du bain. Contente la nouvelle majorité : elle qui n’a plus de sous, comment va t-elle élever le bambino ? Et d’abord, a quoi
ressemble t’il ce gamin ?
T’es joli, t’es mignon, mais qui es tu ?
Dans l’absolu, le projet LMD a tout pour plaire. Pragmatisme, efficacité, ouverture culturelle… L’Université semble toute chamboulée…sur le papier.
LMD siginifie Licence-Master-Doctorat. Ce sont là 3 «grades» qui correspondent respectivement à un Bac + 3, Bac + 5 et Bac + 8. Il s’agit de 3 niveaux de formations, reconnus d’une manière
commune par les 40 pays signataires. Dans chaque discipline, le grade se décline alors en diplôme. Par exemple, Master de Recherche en Litterature Moldave, Master Professionnel en Droit
Social, etc.
L’unité de base devient le semestre. Une licence dure 6 semestres. Les semestres sont découpés en Unités d’Enseignements, qui regroupent des Matières. Chaque Matière obtenue, ( l’obtention reste à
10/20) donne un certain nombre de Crédits, les fameux ECTS ( European Credit Transfer System). Pour obtenir sa licence il faut donc engranger les 180 credits qui la composent, crédits répartis par
l’administration sur les différentes Matières.
Chaque Crédit obtenu est capitalisable et transférable d’une Fac à une autre, d’un pays à un autre. La règle du Deug en 3 ans maxi n’est plus d’actualité. Il est donc possible d’aller faire une
quête mystique au Nepal pendant un an et reprendre ensuite ses études, que ce soit en France ou en Moldavie, avec tous ses Crédits capitalisés. La reforme vise en effet à faciliter la
mobilité en Europe et les échanges. Dans cette optique, une session d’examens est organisée à l’issu du semestre, doublée d’une session de rattrapage dans la foulée : l’organisation annuelle prend
donc du plomb dans l’aile et permet de faciliter les sejours semestriels à l’etranger.
En ce qui concerne les enseignements, chaque université, voire chaque UFR, est censée décliner ses diplomes en parcours-types correspondant à des formations existantes ou nouvelles. La Fac
peut offrir une plus grande liberté de choix aux bacheliers avec un 1er semestre pluridisciplinaire de découverte ( par exemple, Droit, Eco, Socio). De la même facon, on peut mener un
parcours associant au moins 2 disciplines, avec ou sans Majeure de spécialisation, voire avec 2 Majeures. Cela permet de creer des parcours plus individualisé et plus proches des attentes des
étudiants ( cf site Internet de l’université Lyon 3, entre autres )
Cette volonté d’ouverture et de pragmatisme se retrouve partout. Certaines Licences seront ainsi plus utiles et plus motivantes. Par exemple, imaginons qu’Evinrude, jeune bacheliere, veuille
s’inscrire à Valenciennes 1 ( l’une des fac-pilotes de la réforme) en Licence de Lettres. On lui proposera 3 choix professionnels dès le 4eme semestre: Professorat du Secondaire,
Professorat des Ecoles, Metiers de la Culture et Media. Elle aura également la possibilité d’intégrer des stages professionnels permettant de valider un semestre. Dans la même logique d’ouverture
sur le monde reel et complètement fou de la vraie vie, des crédits ( 5 à 15 % en theorie) seront laissé à son libre choix: seconde langue, pratique sportive ou culturelle, engagement associatif,
etc… On cherche ainsi à valider et mettre en valeur les acquis extra scolaires.
Voilà… C’est beau, c’est grand, c’est ambitieux… Evinrude sort ses Kleenex et pleure de joie en découvrant que le concept de tête bien faite n’est plus une chimère. Evinrude est contente, Evinrude
y croit. Bref... Evinrude ne sait pas encore qu’elle est une grosse truffe.
T’es joli, t’es mignon, mais tu pues.
Dans la vraie vie de tous les jours, celle où le panini colle aux dents et où le cancer perd de la valeur, la LMD est la cible de nombreux détracteurs. Les opposants à la reforme se fondent sur
leur appreciation de la situation dans les fac-test tout en dessinant de jolis plans sur la comète. En effet, les experiences menées depuis un an dans les universités-pilotes sont encore trop
proches pour pouvoir en tirer des bilans limpides et honnetes. En outre, si certains arguments avancés par les opposants au projet sont intelligents et coherents, ils sont malheureusment noyés sous
un flot d’absurdités et de contre-verités, associées à une démagogie et un proselytisme gras. Enfin, l’amalgame qui est fait avec feu le projet d’Autonomie des Facs de M Ferry tend à
diaboliser encore plus la LMD. Il s’agit donc d’être circonspect dans l’etude de ces critiques, donner un éclairage prudent sur les arguments évoqués et la réalité presente ou les hypotheses
à venir. Le jeu du Vrai-Faux qui suit n’engage bien sur que l’auteur de cet article.
La première attaque des détracteurs concerne ce qu’ils appellent « la fin du cadre national des diplomes » et tient en 5 points.
1) Pas de nomenclature nationale recensant les domaines de formations et intitulés des diplomes :
VRAI. Et alors? Les intitulés des formations differront peut etre selon les facs mais c’est la situation qu’on connaît dejà avec les 3emes cycles, dont les noms varient pour un même contenu. Les
employeurs s’y trompent-ils pour autant ?
2) Chaque fac peut appliquer la réforme comme elle l’entend, voire même par UFR.
VRAI. Mais où est le problème ? Aujourd’hui dejà il n’y a pas d’uniformité entre les facs. Exemple: Paris X propose 3 semestres obligatoires de Droit communautaire là où Paris II n’en impose que
2.
3) Risque de dérives : formations ayant un même intitulé mais en fait differentes selon les Facs.
A PROUVER. Selon les textes, le contrôle serait au contraire renforcé. Les anciennes formations comme les nouvelles seront theoriquement soumises au contrôle de l’Etat via une habilitation et des
évaluations permanentes, notamment via des commissions comme la MSTP. (cf Texte sur Legifrance)
4) Mise en concurrence des facs et risque de ghettoïsaition de certains campus
VRAI, MAIS… Les risques de rift « Poles d’excellence/ Facs poubelles » forment un argument qui se tient et denoncer le risque n’est pas une calembredaine. Toutefois, cette concurrence entre Facs
est également une bonne chose : elle va inciter celles-ci à offrir des formations de qualité afin de conserver leurs volumes d’étudiants et donc les budgets alloués à l’année. En outre, les comités
de suivi des Licences et Master devront verifier regulierement la qualité des formations justifiant les sommes données. Cela va inciter les facs à se regrouper comme c’est le cas à
Valenciennes afin de proposer un même nombre de formation mais de meilleures qualité.
5) Fichage des etudiants et donc risque de rupture d’egalité entre titulaires d’un même diplôme.
DISCUTABLE. Le fichage n’est en somme que le relevé de notes de l’etudiant. Ce n’est pas un risque pour celui ou celle dont les mauvais résultats ou les difficultés sont dus à une condition
sociale modeste, à des problèmes de santé, à des soucis financiers, etc. Ces derniers pourront toujours justifier de leur parcours laborieux mais honnête et méritant devant le recruteur. Le risque
n’existe en fait que pour les parasites et les boulets.
Le second argument developpé concerne quant à lui la « Fin de la garantie du Libre passage entre les cycles » et se presente en 4 temps
1) Mise en place d’une selection apres la Licence à l’entrée du Master
VRAI…Et alors? Il faut bien qu’il y ait une sélection à un moment ou à un autre… sinon, quelle valeur aurait le diplôme ? Que celle-ci soit faite au niveau de l’entrée en Master va dans le
sens d’une responsabilisation des étudiants. Qui plus est, elle s’inscrit dans la logique de professionnalisation des Licences ; des etudes courtes mais bonnes, c’est à dire qualifiantes, utiles et
reconnues par les employeurs. Ce qui n’est pas le cas de la Licence Universitaire actuelle.
2) Maintien absurde d’une selection à l’entrée de la 2eme année de Master
A priori, au vu des textes, VRAI. Si tel est le cas, on ne peut qu’approuver la critique faite au sujet du maintien d’une selection à l’entrée d’une 2eme année de Master. Le Master n’est pas une
nouvelle enveloppe pour les maitrises et les 3emes cycles mais un tout sur 2 ans. Il convient donc de repenser l’architecture du Master pour en faire une entité logique et constructive sur 4
semestres, soit avec un large pendant professionnel, soit avec un travail de recherche mené avec efficacité.
3) Fin de la session de Septembre
VRAI, MAIS… La session de rattrapage ne sera pas pour autant gommée. Au vu de la semestrialisation, elle risque simplement d’avoir lieu quelques semaines apres la 1ere session, ce qui peut etre
délicat pour les étudiants qui travaillent. Neanmoins, au Bac les rattrapages se font dans la foulée sans que personne n’y trouve à redire… En outre, il ne faut pas oublier que les rattrapages ne
sont pas un avantage acquis mais une seconde chance offerte aux étudiants.
4) Fin de la compensation semestrielle.
VRAI. La fin de la compensation est logique au vu du systeme créé. Elle est remplacée par le droit de continuer dans le semestre superieur et d’obtenir, avant la fin du diplôme, les crédits
manquants. Avantage : les matières sont vraiment maitrisées au lieu d’être compensées et le niveau de l’étudiant lambda s’améliore. Inconvenient : que se passe t’il lors du dernier semestre
si les credits n’ont pas été rattrapés ?
Le dernier argument, plutot fourre-tout des anti LMD concerne les modalités et le financement de la Réforme.
1) La fin de l’anonymat des copies
A PROUVER. A ce jour aucune fac-pilote n’a mis fin à l’anonymat des copies.
2) La fin des diplômes intermediaires
FAUX. Les diplomes intermediaires seront édités sur demande pour donner la preuve que l’etudiant à atteint un niveau Bac + 2 ou +4 lui ouvrant les portes de certains concours. (
cf texte sur Legifrance)
3) Pas de budget pour la mobilité des etudiants
PRESOMPTION DE VERITE La question budgetaire reste délicate au vu des reductions drastiques de budget des universités et du montant light des bourses octoyées dans le cadre d’ERASMUS. La question
est eminement politique…et reste donc en suspens d’autant plus qu’elle est liée au 2d volet de la contestation menée contre M Ferry, au sujet de l’autonomie des Universités.
4) Conditions néfastes posées par certaines facs visant à denaturer les textes
VRAI et FAUX. Les conditions posées peuvent être mauvaises (ex : suppression totale du contrôle terminal à Chambery) mais peuvent aissi être très bonnes. Par exemple, à Toulouse3, le fait de
soumettre la capitalisation et la compensation à une note minimale de 6/20 ds chaque UE a pour objectif d’éliminer les touristes et de pousser le niveau vers le haut. Qui va s’en plaindre ?
T’es joli, t’es mignon, mais où vas-tu ?
En fin de compte, les inquietudes des étudiants ne sont que le fruit de la maladresse de M. Ferry. D’abord en ce qui concerne son projet de renfort de l’autonomie des Facs. Ensuite, en raison
des suspiscions qu’il a laissé naitre par son silence sur les hypothetiques remises en cause des droits des etudiants par la LMD. En somme l’agitation actuelle n’est que le resultat d’une politique
trop prudente du ministere et du desir d’une branche syndicale etudiante en mal d’action de trouver un cheval de bataille et des moutons motivés.
Les vraies questions posées en filigranes à travers la constestation contre la LMD sont aussi multiples que diverses et passées sous silence. Fallait-il maintenir une Université démocratique mais
hypocrite qui offre à la pelle en 1er et 2eme Cycle des formations culturelles et scolaires inutiles ou non reconnues sur le marché du Travail ? Comment faire jouer à l’Université son vrai rôle
d’ascenseur social ? En outre, et surtout, la Reforme LMD va t’elle accoucher d’une Faculté efficace et pragmatique visant à une responsabilisation de la jeunesse, à un enseignement affutant
le sens critique, à une formation intelligente et utile ?
En somme toutes ces interrogations se resument en une seule question, laquelle rallie mécontents et approbateurs. Cette question, c’est celle des moyens mis en œuvre, en un mot du financement. On
rejoint ici la quesion du projet d’Autonomie des facs. Celle-ci va t’elle à terme mener à une libéralisation odieuse de l’enseignement superieur et conduire à un systeme à l’Americaine plus ou
moins infeodé aux interets privés ? Un gouvernement qui fait de la réforne de l’Université une grande cause nationale est-il crédible quand il alloue des sommes aussi ridicules à celle-ci ? Georges
Jeze offfre un début de reponse avec son mot fameux : « le budget est l’acte politique par excellence. » C.Q.F.D
ARTICLE ECRIT AU PRINTEMPS 2004. QUID JURIS DEPUIS ?
Vos regards