Et puis un beau jour les choses sérieuses commencent...

Vous avez l'impression d'avoir longtemps battu de vos ailes de papillon contre la vitre en faisant un petit bruit à peine audible. Ca y est, les battants s'ouvrent et vous entrez. Personne ne vous fera de cadeaux : vous devriez déjà être très content qu'on vous ait permis d'entrer dans la grande salle…


Je n'ai pas le bouquin sous les yeux (Un Début à Paris) et je vous retranscris cette citation peu ou prou (les intégristes peuvent aller se plaindre à M. Dreyfus).
Cette citation, c'est une phrase de Labro, parlant de lui au sortir de ses études. Mais c'est une phrase qui peut également s'appliquer à tout élève issu de classe prépa et rentré dans une Grande Ecole.

Ce qui est rigolo c'est que l'étudiant issu de classe prépa (le Prépuce, pas le Zob) a eu, pendant 2 ans, un impératif : celui d'être le meilleur, sur le bon refrain du blood, soil, sweat & tears, cher à Churchill. C'était vraiment le système du mérite où le meilleur avait la meilleure place.
Or en école, c'est totalement l'inverse. Allez bim.


D'après la dizaine de témoignages que j'ai recueillis (pour avoir un panel large), la première année n'est pas exigeante comparée aux deux années antérieures et seul le classement pour le MIS peut inciter à faire un effort pour aller au-delà de la moyenne. Cette réalité n'est pas propre à Reims puisqu'il y a 6 mois j'avais trouvé sur Facebook un groupe intitulé :, "Depuis que je suis en école, je sens mon cerveau se liquéfier". Mais dans ce cas, pourquoi ne pas suivre l'exemple de l'ESSEC ? Arrêtez-moi si je me trompe, mais la légende veut que dans cette école on continue à travailler en première année sur un rythme intense. Info ou intox ?

Mais revenons à Reims Town. Tous les gens brillants ou les affamés de boulot auront au final la même gratification, à savoir le même diplôme et… c'est tout. Le fait que le mérite ne soit plus valorisé a conduit à la création du terme péjoratif de… polar. C'est vrai quoi… Qu'est ce qui pourrait conduire un étudiant de 2A à bosser plus qu'un autre sachant qu'il aura le même diplôme et la même employabilité à la sortie ? Le panache ? Le sens de l'honneur ? Le ratio "sommes payées/ enseignements obtenus" ?

En faisant une petite enquête, on constate que seule une école a conservé le système du classement de sortie sur le format ENA. Ce qui est très marrant, c'est justement que les recruteurs connaisseurs exigent des étudiants de cette école(c'est l'ESCP) qu'ils mettent leur classement sur le CV. Une consécration du polar ? En quelques sorte. Mais en termes purement moraux, est-ce blâmable ?

A ce sujet, un truc m'avait frappé en arrivant à Sup de Co.

Comme tout le monde, j'avais passé quelques semaines intenses à faire ma FIMA (ancien nom de la PCM, periode préparatoire à la 2A pour les admis parallèles) période de 3 mois instaurée pour rattraper les cours de première année. On était en classe de 25 à l'époque.
Or, en ce temps là, la vie était plus belle et le soleil plus brulant qu'aujourd'hui, les glandeurs se ramassaient à la pelle et le SAS (rattrapage) était gratuit.
Sur les 25 étudiants, la population de Zobs (admissions obliques) était de… 15 maximum. Je ne rigole pas : le reste de la population était composée de listeux (perdants ou gagnants) ou de glandus ayant passé toute la première année à ne rien foutre voire de Sasseux partiels qui avaient "seulement" une matière à repasser. D'où la question que nombre de Zobs se posaient : "mais bordel quess qu'ils z'ont foutu en première année ?" Bonne question…

Learning To Fly


En fait ce qui est affreux c'est qu'on entre moins en école de commerce qu'en école de potentiels. Potentiels qui seront alors embauchés par des sociétés qui vont alors les façonner à leur convenance et leur inculquer des savoir-faire. Tout le anciens élèves s'accordent à dire qu'ils ont appris beaucoup plus dans leurs 3 ans post diplôme qu'à l'école. C'est faux, archi faux. Perso, j'ai fait le contraire. 5 ans de fac avec la masse de boulots annexes allant de responsable rayon golf à Decath jusqu'à pigiste pour un journal étudiant en passant par l'assistance d'un avocat (paye tes nuits blanhes). Ce qu'on apprend de la pratique est radicalement différent des bases académiques et techniques que l'école nous confère. Il ne faut pas confondre enseignements et apprentissages.

Mais justement la vie associative a aussi ce rôle d'apprentissage.

Le polar est souvent un autiste de la vie sociale qui n'a pas fait l'effort ou pas réussi à appréhender les codes sociaux en vigueur à l'école. On peut se demander si le polar n'est pas, tout bêtement, un dissimulateur qui cache son incapacité à s'intégrer et qui reste circonspect face au jeu futile qu'RMS impose à ses nouveaux venus toujours les bienvenus. Cela va mener notre polar à se construire, petit à petit, une muraille qui lui vaudra le statut peu envié de "nobod". Par rapport au listeux qui va se faire connaitre de la population de l'école (réseautage) des entreprises démarchées (réseautage bis) qui va gérer un projet (management d'une équipe, organisation d'événements) le "nobod polar" n'a pas une stratégie payante. Là où elle l'est encore moins c'est qu'au-delà de nos enseignements, on achète une marque, un reseau, une famille : RMS é là Cosa Nostra la famiglia. Le polar en est le fils prodigue.

Ce qui est rigolo, c'est qu'en école on n'est pas là pour réfléchir mais plutôt pour emmagasiner des savoir-faire plus que des connaissances. Bon d'accord, j'enfonce des portes ouvertes. Prenons acte et allons plus loin…

On apprend certes des techniques précises mais surtout la manière de les utiliser à bon escient avec du bon sens. Ce qui est proprement effarant c'est le changement radical entre l'étudiant venu de prépa et celui qui sort diplômé, ce passage d'un esprit scolaire étouffant à un pragmatisme efficace où l'intelligence prédomine. Le but de l'école en somme est de faire sortir le lycéen de son carcan rigoriste pour l'emmener vers une autonomie et une indépendance de Djeunz Cool RMS ®™.

A ce sujet, les étudiants qui ont passé quelques mois en ERASMUS en Allemagne, au sortir de la 3A, sont toujours étonné d'avoir du y "travailler". Comme s'ils avaient réussi à oublier, en quelques années, qu'on est pas là pour s'extasier sur les lapins du campus 2 mais mais bel et bien pour regarder les schémas de M. Feron qui fait des sourires et des blagues désopilantes (ou pas). Faut-il en conclure que notre système de formation se distingue sur le marché international de l'éducation ? Mais alors en quoi ?

La Porte des Etoiles ?


Ce qui prête à sourire, c'est que l'école de commerce française n'est en somme qu'un entonnoir, quel que soit son niveau. Ce qui est important c'est moins ce qu'on y enseigne que les personnalités façonnées et qui en sortent. Les étudiants vont être appelés à être responsables, (quoique lorsqu'on voit les turpitudes des dirigeants de grands groupes pour échapper à leurs responsabilités, on reste pensif). Les etudiants vont donc (dans l'absolu) être invité à assumer pleinement des décisions, à diriger des équipes, tout ça… mais surtout à composer une certaine intelligentsia. C'est exactement ce que disait Bourdieu(1) il y a 20 ans (oui, oui, à l'âge de 8 ans, entre Mimi Cracra et TomTom & Nana, je lisais Bourdieu)

En terme de qualité des cours, y a t-il une différence notoire entre Diag Fi à l'ESSEC et Diag Fi à RMS? Surement pas. Mais au final on aura 3 KE en moins au premier salaire. Conclusion ? Les écoles de commerces sont des centres de formation comparables en termes de qualité mais surtout des gares de transit… une fois le triage effectué au concours. Je sais je défonce des portes ouvertes mais allons encore plus loin...

Pourquoi les écoles insistent-elles autant sur l'aspect associatif au point de dédier une journée entière à cette activité ? Parce que ca permet d'inculquer les principes de la libre entreprise, de la gestion des pbs, de la créativité entrepreneuriale. Mais aussi parce que les élèves ont fait leurs preuves au concours et n'ont plus besoin de démontrer de leur qualités ; ils peuvent alors se lancer dans des activités formant l'esprit et formant à l'activité en société (à tous les sens du terme). C'est pour cela aussi que les travaux de groupe sont légions en électif. C'est un rôle implicite qui leur est conféré : préparer les étudiants à la diplomatie de l'entreprise, à la gestion des "boulets", des imprévus, des travers. Sup de Co, une école de la vie…

On comprend mieux pourquoi RMS n'a pas mis en place l'année césure. L'année de césure est au moins aussi formatrice que les enseignements dispatchés. Cela pose la question de l'apprentissage. En la matière c'est plus du cas par cas tant les apprentis peuvent avoir engrangé la masse de connaissance comme ils peuvent avoir glandé 2 ans. L'école est donc une première ébauche de réseautage et les listeux sont les premiers à en profiter au travers de leurs démarchages, de leurs réseautage avant l'heure lors des événements de communication de l'école où ils sont conviés/tirés. Paye ton carnet d'adresses.

Conclusion ? Les enseignements qu'on nous dispense sont la partie immergée de l'iceberg, la plus visible, sur l'océan des possibilités, dans la nuit de nos espérances là où on cherche sa bonne étoile (si le lyrisme à deux balles était une religion, j'en serais le grand prêtre)


(1) Pierre Bourdieu, La noblesse d'État. Grandes écoles et esprit de corps, Edition de Minuit, 1989
Pierre-Olivier LEROY

Lundi 28 janvier 2008 1 28 /01 /2008 23:26
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Djoune, Two sah'zeunde tène,

- Une réflexion qui monopolise encore toute mon attention :
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