Elle fume trop.
Elle le sait bien.
Mais elle n'a pas envie d'arrêter.
Ce n'est pas un problème de volonté : c'est en elle, c'est comme ça.
Coca light & clopes. Juste une question d'équilibre, une nécessité et une futilité, évidentes dans tous les cas ; elle a besoin de ça.
Coca light...
Pas de sucre mais un tout p'tit peu plus de caféine.
Petit coup de boost, petit plaisir.
Et puis la pause clope,
Dehors,
Quand l'avenue bruisse et qu'elle peut prendre 5 minutes sans penser à ses dossiers,
5 minutes pour oublier,
5 minutes pour respirer,
Songer à sa soirée ou à son week end,
A ses vacances à venir,
A cette vie à façonner ;
Dans les volutes,
De fumées.
Elle tire donc sur sa clope avec nonchalance, adossée contre le mur ou en faisant quelques pas.
Avec un bras autour du ventre et l'autre, fléchi, qui porte la flamme du bout des doigts, comme si elle voulait répondre à une question mais qu'elle hésitait un peu.
Petite étincelle rougeoyante,
Incandescence de son existence ; un apaisement.
Elle n'en a jamais assez.
Mais il n'y a pas que la nicotine ;
C'est autre chose,
Indicible.
Elle aspire de nouveau,
Elle plisse les yeux,
Comme pour regarder le monde avec un filtre, un regard plus doux.
Et elle joue son rôle à la perfection.
Celui qu'on attend d'elle.
Celui qu'elle a accepté, heureuse de l'interpréter.
Prestance de son costume de créature distinguée,
Cet allant de la demoiselle dynamique qui s'autorise un soupir dans sa partition de femme pressée.
Car elle va devoir remonter,
Reprendre sa place dans l'orchestre,
Reprendre la mélodie à la prochaine mesure : "au temps pour moi".
La glace dans l'ascenseur lui renvoie un sourire.
C'est le printemps, c'est la fin de la pause,
Là haut, il reste surement un peu de coca.
Alors ? C'est qui le Maître ?
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Vos regards