Perso

Les 15 premières minutes de Golden Eye, le premier film où Pierce Brosnam interprête James Bond, sont une invitation à ériger l'autodérision en hygiène de vie,
Laissez-moi vous expliquer.

 

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Le flim commence avec un sprint de James, sur le trottoir d'un barrage, afin d'atteindre le milieu dudit walkway, histoire de faire un saut à l'elastoc (tranquille le chat)et arriver en bas là bas ni vu ni connu.
Et peu importe la raison pour laquelle il a préféré passer par là au lieu de descendre à pied par le sentier alpin où il aurait pu cueillir des myrtilles (et se goinfrer sans s'en mettre partout avec classe et distinction),

Non, il a préféré avoir du style. Du staaaaaaaahil !

 

Car James est là pour faire le chaud show et sauter dans le vide (il prend des risques, il n'est pas là pour beurrer les sandwiches…)
D'ailleurs, quand Bondy s'élance, il ne se jette pas de façon sobre, non, bien sûr que non :  il nous fait un saut de l'ange au cazoù des paparazzi voudraient se faire attaquer sur l'équivalent de l'article 9 du Code Civil Français… (Au fait, salut les L1 !)
Et ensuite ?
C'est là que ça devient grand…


3eme minute : James ne s'introduit pas dans la base ennemie en choisissant de passer par le plafond d'une salle déserte,

non ce serait trop simple...

Il choisit les toilettes et, au hasard, la cabine où il y a qq'un.

Eh oui,

Comme ça, en descendant du plafond, il en profite pour  assommer, d'un seul coup d'un seul, un soldat assis sur les wc, en plaçant une réplique primesautière : "pardon, j'ai oublié de frapper" .

Désopilant, James...
Et ça ne fait que commencer !


A 3,48  quand le méchant (dont on ne sait pas encore qu'il est le méchant,

et en plus il est encore beau donc il ne peut pas être un méchant crédible alors qu'après avoir été défiguré bah tout de suite c'est plus mieux),
Donc,
Quand le pas-encore-méchant, Alec,  demande à James
"Alors James, prêt à sauver le monde encore une fois"
N'y a-t-il pas un clin d'œil du scénariste vers Ian Flemingue ?? N'y a t-il pas un peu d'autodérision ?

Mais tout cela n'est rien comparé à
LA scène mythique.


Vous le savez bien, une aile d'avion est composée d'un intrados,

Tout plat,

D'un extrados,

Bombé

Et la différence de vitesse entre les deux filets d'airs qui passent de part et d'autre attirent irreumeudieublement l'aile vers le haut,

Ce à quoi il faut rajouter un deuxième effet, l'aspiration crée par la depression entre les filets d'airs, ce grand vide que la nature tente de combler (une aile est deux fois plus aspirée qu'elle n'ait portée) sans oublier un troisième effet magique mais celui là c'est seulement les littéraires, les gens qui ont fait aile qui peuvent le connaitre…

 

 

Donc je vous rappelle que, dans Golden Eye, l'avion qui arrive en bout de piste se casse la gueule dans  le précipice.
Et,

Là où la vitesse devrait permettre à l'aile - donc à l'avion - de revenir à l'horizontale,

Eh bah... rien du tout !

L'avion continue à piquer du nez

A chuter (comme un pierre en note de synthèse),

A tomber comme un vulgaire plus lourd que l'air,

Histoire que James rejoigne le petit avion trublion et s'installe, ni vu ni connu, au poste de pilotage comme nous on se brosserait les dents, afin de mieux redresser l'aéroplane juste avant le crash,

Pof,pof,

Tout ça dans un vrombissement qui aurait fait pleurer d'émotion Mermoz et qui fait pleurer tout court les ingénieurs qui me lisent et qui se demandent comment l'avion ne s'est pas encore disloqué au vu des forces qui s'imposent sur la structure même de l'appareil...


Enfin bon,
James, t'es trooooop fort.
Au fait, il est passé où le barrage ?

Mais ce n'est pas fini  !!
Un peu plus tard…

(j'aime bien placer des textes de narration complètement nuls)
Nous voici face à deux bolides qui feraient pleurer d'émotion les redactions de Sport auto et Auto Rétro,
Aston Martin DB5, 280 Ch, 1,4tonne
Ferrari 348,  300 Ch, 1,4tonne

Mais en termes de tenue de route, comme disait Napoleon, 40 siècles nous ans se contemplent.
Ce qui n'empêche pas James de louvoyer habilement sur les pentes escarpées de ces routes fatales à Grâce Kelly.

On est sceptique et pourtant…

Aussi invraisemblable que cela puisse paraître,

d'une part, les deux voitures ont un couple identique (la DB5 est même avantagée !) et

d'autre part...(et c'est là le pire !) on reste incrédule quand on voit comment l'Aston tient la route en virages !

 

Pour les fans de David Brown dont je fais partie, face aux misérables aficionados d'Enzo (pas frapper Andrew), c'est une belle revanche. L'élégance et le triomphe face à la vulgarité hurlante, James le gentleman qui laisse passer avec courtoisie la pétasse aguicheuse, nymphomane en Ferrari ; pretexte bien utile pour un James qui choisit de préférer la proie pour l'ombre, privilégier une romance à bulles avec sa passagère BCBG après avoir usé de l'instrument jalousie pour la faire (re)venir à lui....

 

C'est beau.

Que dis-je,

C'est magnifique.

Quelle leçon de vie !

Et ça pourrait se résumer en une phrase…
James Bond n'a pas fait une école de commerce : il ne choppe pas, il séduit.


Quelle invitation !!
Cette scène, quelle incantation !
Un véritable appel à plus de prestance et de finesse, d'élégance et de subtilité dans nos attitudes coutumières et notre quotidien sempiternel !

On sort de là avec les yeux brillants et humides, ému devant un exemple aussi évident ; on balaye d'un revers de main les arguments des amis blasés qui sous tendent qu'il faut arrêter le Martini, P-O, et t'es vraiment reulou avec ton second degré tout le temps,

 

Mais non,

Cette carapace n'est pas une malhonnêteté,

laissez-moi me protéger comme je peux,

tout ce qui compte c'est que

C'était bien,

C'était une pause futile dans un monde funeste,

L'espace d'un instant, on est content de rêvasser avec James, de sublimer notre existence absurde, revenir à ces conditionnels enfantins dont j'aime tant vous rappeller le souvenir,

 

"On aurait dit que t'étais le prince et..."


Merci de nous autoriser tout ça, James.

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