Ce matin, au p'tit déjeuner, j'ai découvert un titre de Mc Solaar (lien à la fin de l'article).
Et ça m'a fait penser à un truc que j'avais écrit il y a deux ans,
C'est une histoire universelle...
Il est arrivé sur le quai en portant avec lui tous les soucis de la journée.
Elle est arrivée sur le quai emportant avec elle les espoirs d'un soir d'été.
Ca aurait pu être une histoire à l'eau de rose,
Mais la seule tonalité rose, dans cette histoire, c'était les pages économiques du journal qu'il survolait.
Avec des chiffres et des graphiques,
Des titres péremptoires et de tout petits caractères,
Avec un label "articles sérieux à lire avec l'air pénétré de son rôle de cadre supérieur qui ne rigole pas, même le soir au sortir du boulot".
De son coté, elle ne lisait rien car elle avait oublié son livre au bureau.
Ca lui faisait penser à sa mère et sa phrase, sempiternelle : "un jour tu oublieras ta tête".
Visage fatigué, regard vide, elle avait l'air perdu ; comme certaines femmes le soir, seules sur le quai, en rêvassant.
Le métro est arrivé dans un souffle avant de s'affaler en station, pour un moment silencieux.
Les moteurs se sont tus et le chauffeur est sorti de son poste, pour s'engouffrer dans un bureau donnant sur le quai. Pour prendre une pause ou recevoir des instructions.
Silence.
Le silence dans la rame, le silence de la station,
Et soudain
Une voix surgie de nulle part pour rappeler que dans le métro rien ne doit partir en fumée et surtout pas les cigarettes.
De toute façon, il n'y a jamais personne à cette station…
Dans la rame, pas un mot.
Atonie du soir.
Le jeune homme est alors rentré dans le wagon. Il a regardé autour de lui et il a vu qu'il n'y avait quasiment plus de places assises. Alors il a proposé la dernière qui restait à une femme.
Celle qui était rentrée juste après lui.
Oui, la demoiselle qui avait oubliée son livre au bureau.
Puis, il s'est adossé contre la cloison, content de lui.
De ce geste hérétique.
Avec l'égalité des sexes, certaines demoiselles pensent que toute galanterie est avant tout un instrument de drague. Alors le jeune homme ne sait jamais comment faire. A chaque fois il assume, il
tient bon, il se jette à l'eau. Il sait que les réponses iront du tout au tout.
Les regards étonnés, les regards offusqués,
Les refus polis avec un sourire qui remercie,
Les refus gênés avec un mot téléphoné,
Bref…
Il ne sait jamais comment faire.
S'il se lève sans un mot la place pourra être occupée par un rustre alors il préfère poser la question.
Advienne que pourra.
Mais là, ce soir, tout va bien...
Bon c'est pas tout ça, l'action Invest'import, elle en est où ?
Ah oui, elle a perdu 5%, quand même…
Et la demoiselle, elle en est où ?
Un p'tit regard vers elle, fugace,
Elle le regardait justement !
Oui, elle le regardait,
Elle a baissé les yeux trop tard, en voulant faire croire que le hasard avait bon dos,
Il en a souri intérieurement, sans même savoir pourquoi.
Peut-être parce qu'il était ému par cette timidité, débusquée et touchante.
Peut-être le simple fait de découvrir qu'il plaisait à quelqu'un.
Sur le quai, une corne a lâché son souffle pour rappeler au conducteur qu'il serait judicieux de repartir. Le métro s'est remis à ronronner, les portes ont sonné, se sont refermées, le convoi a
repris sa route,
Dans le noir.
Pendant que le jeune homme repartait dans ses pensées.
Les pages saumon de son journal sérieux n'étaient plus qu'un prétexte pour ne pas tourner les yeux vers la jeune femme.
Laquelle avait décidé de tricher et de regarder par la fenêtre l'obscurité des tunnels pour ne pas croiser le regard du beau jeune homme, se sentir rougir et avoir l'air bête. Mais l'obscurité
est une complice car, dans les tunnels, la fenêtre devient un miroir. Un regard perdu ou rêveur peut très bien être, en fait, un regard attentif…
A Bir Hackeim, le jeune homme est descendu.
Après le pont, entre deux rêves.
Ils ont échangé un long regard au moment où le train repartait.



















