Perso

Je ne comptais pas y aller.
Mais un copain m'a téléphoné vendredi soir, je n'avais rien de prévu le samedi après midi.  C'était vendu.

 

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Mon grand-père vivait encore là dernière fois que je suis allé à un salon de l'auto grand public. Je ne vous parle pas de mon passage à la Villa d'Este parce que je ne suis pas censé tomber dans le snobisme ce soir.


Salon de l'auto de Paris...

C'était il y a 10 ans peut-être et j'y  avais trainé mon personnage,
Moitié blasé moitié fiévreux,
Avec un camarade de classe,  un copain d'un condisciple qui était avec moi en droit

J'y avais promené mes rêveries de réussite, en bavant sur les Vantage ;
J'y avais baladé mes envie d'être reconnu en louchant sur les XJ-R,
J'y avais trainé mes espoirs de jeune bourgeois en admirant les TVR ; 


Et j'étais sorti de là, accablé, en me disant que, jamais, je n'aurais l'intelligence pour réussir ma vie et pouvoir me faire plaisir, me payer un de ces jolis jouets.
J'étais un fils de bonne famille qui avait observé, en 10 ans, son père faire du trois cinq sept en bayeuricheu meuteureun werkeu, oui j'étais un snobinard qui, en rentrant par Michel-Ange, rêvassait devant le magasin de belles zautos exposées là au yeux des passants blasés ; un temps où  "911" faisait penser à une belle allemande  et non à des avions perdus... Oui, je vous parle d'un temps où j'avais bien 20 ans, il faut le reconnaitre…

Et là,
Et las…
Aujourd'hui,
Porte de Versailles,
Il y avait du décorum,
Bien sûr,

Des mannequines trop fines,
De probables étudiantes désargentées,
Déguisées en potiches, debout près des bibelots clinquants

Il y avait des projos et des éclats,

Des chimères et des suggestions.

Une petite rêverie, fugitive, pour la majorité des gens qui se trainaient dans les couloirs. Comme une autorisation donnée, le temps d'une journée.

Aujourd'hui, la Polo m'a paru bien plus grande que ne l'était la Golf il y a 20 ans,
Aujourd'hui, j'ai manqué 3 fois d'aller insulter les vendeurs malhonnêtes qui vendaient des break Renault 2 litres diesel avec un compteur gradué jusqu'à 260,
Aujourd'hui, j'ai cherché partout, sans jamais les trouver, mes copines Emotion et Sincérité.

 

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Plusieurs fois, je me suis dit, "mais quess que je fous là ?"

en pensant que j'aurais mieux fait d'aller bosser le Droit pour réussir le concours du Barreau dans 1 an et pouvoir me payer, un jour, une Messershmitt (la voiture de Cousin Machin) ou une Sprite, un Duetto ou une MG B.

Je me suis dit que j'avais vieilli et  que je m'étais calmé, j'ai eu un p'tit sourire et j'en ai soupiré.

Aujourd'hui, j'ai peut-être eu envie de croire en moi l'espace d'un instant et c'est peut-être la seule chose qu'il faut retenir de cette farce grotesque.
Dans le silence de la foule bruyante (et indolente), en ce dernier salon où on glose en échangeant des banalités, cet espace où personne n'entend vos petits rêves planer, j'ai eu envie de revenir à un peu plus d'essence, un peu de vérité. J'ai eu envie le temps d'une après midi de retrouver la liberté que j'avais lorsque je  conduisais,


Quand le dernier RER de 1h15  le samedi soir à Chatelet ne sonnait pas le glas d'une bonne soirée, voire même, plus tard,
Quand je pouvais faire Paris - Reims à 4h00 du matin avec Bill Evans à 120 décibels sans devoir attendre le premier TGV,  et, surtout,
Quand au bout de deux verres c'était avec un grand sourire que mon amie la Badoit s'imposait,  complice de ma liberté ; quand je pouvais contribuer à aider mes amis à rester s'amuser et que cela me soulageait de me sentir de quelque utilité.

Mais ce sont là les seules rêveries qui ont eues droit de cité.


Les stratagèmes fourbes des constructeurs m'ont agacé.
Je me suis senti souillé par les regards aguicheurs des responsables communication placés ça et là, par les prospectus donnés à droite à gauche pour venir découvrir tel produit, je me suis senti fautif de mater les jolies gambettes des (trop rares) mannequines précitées… Pas à ma place. J'ai peut-être changé...

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