Oui j'aime bien les titres pontifiants et cuistres, ça fait style je maitrise graaaave alors qu'en fait pas du tout.
Ca va bientôt faire 20 ans que j'écoute du jazz et je me rappellerai toujours de ma première grosse émotion.
C'était au petit matin, un jour d'hiver, en allant au collège.
Je n'avais pas de walkman,
Je n'avais pas de discman,
Je n'avais rien de tout cela ;
J'avais mieux que ça...
Un paternel qui m'emmenait à l'école en voiture.
Tôt.
Très tôt.
En effet, les cours commençaient à 8h00 et il me laissait à 7h35 devant la grille car il devait, lui aussi, bosser à 8h00, quelques kilomètres plus loin.
C'est donc lors d'un trajet, un matin, les pensées encore embrumées que j'ai eu ma première émotion jazz.
Mon père avait démarré son auto ; et le CD, celui qui tournait la veille à son retour, avait repris son chemin de galette aux longs cours. Mes oreilles ont donc découvert une reprise des Beatles.
A première vue, trois fois rien. D'ailleurs le titre du CD évoquait vaguement ce trois fois un. "Brad Mehldau – The Art Of The Trio". Un inconnnu pour moi à l'époque. J'avais 11 ans et beaucoup à
apprendre... Pour vous donner une idée, imaginez-vous, gamin ensommeillé, assis à l'arrière d'une Béhème, petit cocon roulant coupé du monde exterieur...
Et là, tout d'un coup, alors que vous comatez plus ou moins, vous entendez ça...
De A comme Ahmad à W comme Wasilewski en passant par Bill et Esbjorn, les trio ont su par leur simplicité et leur force me transporter loin,
Très loin,
Me faire frissonner, frémir, rêver, partir.
Alors bien sûr il y a la mélodie, portée par le clavier. Un "standard" évident ou une compo plus ou moins vouée à l'oubli... Une mélodie portée par le leader...
Mais on passe trop souvent les side men sous silence.
Que ce soit Larry Grenadier ou Marc-Michel Le Bevillon, que ce soit Aldo Romano ou Anne Paceo, on a trop tendance à oublier la section rythmique au profit du leader. Allez donc réécouter certains titres de E.S.T...
Je suis allé écouter Triphase deux fois cette année, au Duc et au Parc Floral de
Vincennes (un des meilleurs concerts de l'année) et j'ai redécouvert le plaisir
d'entendre la contrebasse. Quand le piano se fait justement auxiliaire avec qq accords, de ci de là. Idem avec Giovanni Mirabassi en soutien léger à MMLB lors d'un concert de Mélanie Dahan. De la
même façon, il y a quelques mois, à Pigalle, Anne Paceo , encore elle, s'est produite… en solo. Oui, un solo de batterie.
Pour la première fois, j'ai eu l'impression d'entendre de la musique en écoutant une batterie. Emotion.
Les frères Moutin eux même, deux jumeaux, l'un bassiste l'autre batteur, s'effacent souvent derrière Pierre de Bethmann ou Rick Kirgitza.
Et pourtant...
Pourtant les solos de contrebasse,
comme un souffle suspendu ou un scat, un murmure ou un fredonnement,
comme une gravité légère, un paradoxe en mouvement
et les solos de batterie
où les cymbales percutantes répondent aux rondeurs des caisses,
où le doigt de la batteuse carresse l'acier pour le faire fremir
Ce sont comme des suggestions de douceurs ou de coups de griffe, de frissons ou de battements de cœur… Il y a le trio. Et puis vient le moment... Bassiste ou Batteur, chacun propose son interprétation de l'histoire, sa vision des choses, sa note personnelle sans jeu de mot ; en solo, avec sa voix et ses suggestions. C'est une musique à part entière. Pas facile d'accès pour les néophytes mais un vrai plaisir pour les veinards qui ont eu la chance d'affuter leur oreille avec Jazzafip...Since 1990.
Mais le solo est fini.
Et le thème reprend.
Un tout, une toile,
Dont on découvre à chaque écoute une petite nuance, pas perdue mais éperdue. Comme les enregistrements de Bill Evans avec Scott La Faro et Paul Motian… On est loin des schémas classiques
d'un duc ou d'un comte, quand batterie et contrebasse étaient cantonnées à un rôle de soutien. Attention, je ne suis pas en train de porter aux nues les Bojan Z et autres modernistes qui me
laissent de glace. Je vous parle de musique, de mélodie. J'ai retrouvé ça récemment avec les enregistrements de Marcin Wasilewski.. Aujourd'hui, dans les bons trio, on a l'osmose du groupe
et de petites perles de ci de là. Un coup de balai sur une cymbale, innatendu, une corde pincée là où on ne l'attendait pas, singulière, une note qui tombe sur le clavier, impromptue,
renforcée par la corde et la baguette. Une évidence. Un dessin sans dessein, des couleurs en harmonie. Un tout, une toile. The Art of The Trio...









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